mardi 10 avril 2012

l’analyse d’une pièce théâtra "Antigone"

l’analyse : d’une pièce théâtrale rénovée
Antigone de JEAN ANOUILH [1]


Jean Anouilh

 
 





 

I.    Le rôle du prologue[2] dans une tragédie moderne

a.              Prologue ou scène d’exposition
              Le prologue dans la tragédie moderne joue le rôle de la scène d’exposition au théâtre classique et le rôle de la préface à la fois. Dans le prologue d’Antigone de JEAN ANOUILH, il y a des indications scéniques qui signalent le décor et sa nature : il ne s’agit pas d’un décor fabuleux comme c’est le cas au théâtre classique, mais d’un décor neutre sans fantasmes. Les indications signalent aussi les activités des personnages qui sont regroupés sur scène : ceux qui bavardent, ceux qui tricotent ou qui jouent aux cartes. Une chose inattendue au début d’une tragédie.
            Le prologue débute par une présentation immédiate des protagonistes : une présentation qui montre que les personnages sont artificiels. Dans un style familier est ordinaire, le prologue trace un tableau vivant en montrant les protagonistes du doigt : ceux qui vont jouer sur scène et qui vont déclencher l’action.
           Les présentatifs ’’voilà’’ ’’c’est’’ sont  très utilisés, ainsi que les démonstratifs ’’ce garçon pâle’’,  ’’cet homme’’. La présentation faite par le prologue détermine les personnages et leurs rôles : «  Elle s’appelle Antigone et il va falloir qu’elle joue son rôle jusqu’’ au bout… » (p.10)
          Le prologue présente déjà les personnages, leurs caractéristiques  et leur rôle :


               L'Antigone classique
Les protagoniste
Caractéristiques





















Rôles





















Antigone





















Maigre, petite, elle regarde droit devant elle, noiraude, renfermée, personne ne la prenait au sérieux





















Antigone va surgir soudain, et se dresser seule en face au monde, seule face au Créon. Elle va mourir.





















Créon





















Robuste, aux cheveux blancs, il médite. Il a pris la place d’Œdipe et ses fils.





















Le roi de THEBES





















Ismène





















Bavarde, rit de nous tous, blonde, belle, heureuse.





















Sœur d’Antigone





















Hémon





















Il aime la danse, la réussite, sensuel comme Ismène.





















Le fils de Créon et le fiancé d’Antigone.
Il va mourir.





















Eurydice





















La vieille dame qui tricote.





















La femme de Créon. Elle va mourir.





















Le Messager





















Garçon pâle.





















Il viendra annoncer la mort d’Hémon.





















La Nourrice





















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Elever les deux filles.





















Les gardes





















Trois hommes rougeauds qui jouent aux cartes.





















Ils vont tuer les accusés tout-à- l’heure.






















 
 
b.              Les anachronismes 
 
          La volonté de choquer le lecteur réel que nous sommes a amené Jean Anouilh, à exploiter l’anachronisme tout d’abord dans le texte lui-même. Nous sommes surpris par la présence du décor neutre et moderne de la scène, par la présence du ’’café’’, que La Nourrice apporte à Antigone, du ’’tricot’’ d’Eurydice, de la ’’cigarette’’ qui avait allumé Polynice, etc. L’anachronisme, veut montrer que le héros mythique est de tous les temps, comme il renforce le message de l’œuvre. En outre il illustre la modernisation et la rénovation du mythe. Notons que l’anachronisme également actualise le mythe et le modernise.
 
         Dans ce prologue nous avons un système anachronique dans la mesure où l’auteur ou plutôt l’orateur nous parle des rôles que les personnages vont jouer tout en se précipitant sur leurs parcours narratif en signalant leur fin tragique et leurs activités peu propres à l’époque.
           D’abord, il précise la fatalité de l’existence d’Antigone qui ne devait jamais avoir lieu. Comme il annonce la mort d’Hémon puisqu’il ne devait pas y avoir de mari d’Antigone. Ce jeu sur le temps marque la tournure tragique des actes d’Antigone. Cette  dernière est guidée par son sort tragique, elle devait mourir malgré son innocence, puisque l’Histoire ne peut être corrigée et ne peut pardonner personne. Les lecteurs-spectateurs sont concernés et impliqués dans ce prologue artificiel au décor neutre, voire moderne. Cet anachronisme a pour but de mettre en relief le rôle d’Antigone. La personne qui veut parler très fort et tenir tête à Créon. La fille maigre et noiraude qui a osé dire ’’Non’’ à voix haute malgré  ses origines et malgré ses particularités génétiques. Les personnages semblent modernes et peu propres aux personnages classiques qui émanent de La tragédie telle qu’elle est conçue.
 
II.               L’insoumission/ La révolte/ La solitude

 
            L’insoumission, la révolte, la solitude sont les caractéristiques d’Antigone : héroïne solitaire, qui trace quelques aspects du héros tragique traditionnel, distingué par son audace et sa force. Sauf qu’ici, Antigone est seule face au danger. Elle va réagir seule contre la volonté de Créon même sa sœur Ismène ne peut prendre sa défense. Pendant les premières scènes d’Antigone (La pièce théâtrale), plusieurs questions surgissent à travers la conversation des deux sœurs : Faut-il réfléchir avant d’agir ?ou il vaut mieux ne pas le faire ? Antigone dit dans l’une de ses répliques : « Il y a des fois où il ne faut pas trop réfléchir. » (p.24)  Antigone ne veut plus écouter la raison, elle veut sortir de son coin pour parler ; s’exprimer, faire pour la première fois, ce qu’elle lui semble bon à  faire et non ce qu’elle doit faire.
           Antigone n’est plus la soumise d’autrefois, elle se révolte, elle se rebelle sans comprendre pourquoi et sans chercher à le comprendre. Comprendre pour Antigone est une stratégie pour donner raison à des choses insensées et illogiques : « Comprendre dit-elle (…) Il fallait comprendre qu’on ne peut pas toucher à l’eau, à la belle eau fuyante et froide, parce que cela mouille les dalles. A la terre parce que cela tache les robes… » (p.26)
 
a.               Le poids de la fatalité







 

                  A travers le dialogue impossible entre les deux sœurs, nous constatons qu’Antigone veut supporter, voire porter toute seule le poids de la fatalité. Elle exprime ainsi sa révolte sans penser aux risques qu’elle va prendre. Ismène au contraire, a peur de l’humiliation, de la souffrance et de la mort.
            Le jeu de l’aînée et la cadette relate la sagesse d’Ismène, qui veut essayer d’étouffer la colère et l’impétuosité[3] d’Antigone, qui refuse de céder aux conseils de sa sœur. Antigone veut tenir tête à Créon, à tout le monde en prenant en défi la puissance du pouvoir et le poids de la fatalité.
                
 
 
III. Le rôle des mythes antiques dans les tragédies modernes
         
 « L’Antigone de Sophocle, lue et relue et que je connaissais par cœur depuis toujours, à été un choc soudain pendant la guerre(…) Je l’ai réécrite à ma façon, avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre. » Jean Anouilh
                                                                                                                 
           Jean Anouilh ici évoque le drame de la guerre mondiale, il trouve que le mythe d’Antigone peut très bien illustrer cette tragédie moderne. La mort, le sang, les cadavres, les décombres : un choc que seule la littérature peut mettre en lumière. Créon symbolise cette force insensée des plus forts, qui écrasent les faibles. Cette guerre dévastatrice et incroyable qui tue tout le monde sans raison. Antigone symbolise les pacifistes qui sont contre ce drame et qui meurent malgré tout, car personne ne s’occupe de leurs pensées. En effet, c’est le pouvoir et la force qui commandent. Jean Anouilh a écrit cette pièce pour incarner un débat d’actualité : La guerre, cette machine de la mort qui écrase tout le monde. Antigone relate également le conflit entre les générations. En effet, chaque temps à son Antigone…
                
 
a.               La réécriture du mythe dans la tragédie moderne 
 
          La tirade de Créon où il répond à Antigone (p.76-77) relate la réécriture d’un mythe ancien celui d’Œdipe dans la tragédie moderne. La tragédie du pouvoir excessif, qui entraine tout le monde sans raison. Les conflits des générations, la révolution contre l’injustice…
          Créon est contre ceux qui le prennent en défi. Comme tous les tyrans, il ne peut supporter qu’on lui tienne tête. Pour lui Antigone et son père Œdipe méritent la mort, car ils sont des sottes personnes qui ne raisonnent point.
               Pourtant, Créon a voulu calmer Antigone puisqu’il est son oncle après tout : « Les rois ont d’autre chose à faire que du pathétique personnel, ma petite fille. (Il a été à elle, il lui prend le bras). »     Cette didascalie montre que Créon veut étouffer la révolte d’Antigone, qu’il cherche à calmer le jeu : « Thèbes en a besoin plus de ta mort, je te l’assure. Dit-il. N’oublie pas que c’est moi qui t’ai fait cadeau de ta première poupée, il n’y a pas si longtemps.» Pourtant, cette stratégie pathétique n’aura pas de l’effet sur Antigone puisqu’elle va refuser de céder à ces tentatives (Aux tentatives de Créon.)
 
 
 
 
 
 
 
 Jean Anouilh
 
 
 
I.  La fonction actantielle des personnages : Créon et Antigone
 
 
 
 
 
 
 
Sujets





















Objet de la quête





















Adjuvants





















Opposants





















Destinateur





















Antigone





















Bonheur absolu, idéal





















Hémon
Sa volonté et son courage





















Créon, les gardes Ismène, La Foule





















Enterrer son frère





















Créon





















Bonheur
Prosaïque
ordinaire





















La Foule, les gardes, Ismène





















Antigone
Hémon
Ismène
Et sa femme  vers la fin de la pièce.





















Faire étouffer la révolte d’Antigone





















 
 
               Antigone va entrer en conflit avec Créon toute seule. Seule face à Créon, elle va essayer de s’exprimer pour la première fois, afin de montrer l’absurde d’exister, de croire à un bonheur possible ou de céder au pouvoir.
          Les deux protagonistes Créon et Antigone sont deux actants agissants, qui constituent une relation/nœud de la pièce. Les deux symbolisent des principes contradictoires, ils ne pourront jamais se mettre d’accord malgré les tentatives de Créon.
 
 
a.               La tension dramatique
 
      Au début de la conversation de Créon et d’Antigone nous avons eu l’impression, que les événements prennent une autre tournure, mais vers la fin du texte nous constatons qu’Antigone va changer le cours des événements selon sa manière.
       La tension dramatique n’a pas diminuée, car Antigone n’est pas convaincue des propos de son oncle. L’Argumentation de Créon lui, semble absurde et insensée. Les « ouïs » d’Antigone prononcés au début sont des « ouïs » de révolte, de souffrance et de désaccord et non de conviction. Le raisonnement de Créon n’a pas pu calmer Antigone même si elle prétend la comprendre : « Je te comprends, j’aurais fait comme  toi à vingt ans. C’est pour cela que je buvais tes paroles. » Toutefois, Créon ne pourra pas tenir longtemps ce rôle puisqu’il va craquer vers la fin de leur conversation : « Tu est folle, tais toi. » En effet, Antigone désire mourir et ne peut supporter les paroles de Créon et ses idées.
 
b.              Les conflits 
 
           Entre Créon et Antigone il y a plusieurs conflits : Conflit de génération, conflit de conception, conflit d’existence, de visions, de pouvoirs, de décisions, de statut et d’origine…
               Dans cette pièce les conflits surgissent malgré les réponses timides d’Antigone. Les questions infernales posées par cette dernière mettent en question les paroles de Créon et relatent l’absurde de ce futur bonheur promis par Créon : « Quel sera-t-il mon bonheur ? » dit Antigone. Antigone veut la liberté et le bonheur absolu, elle ne peut croire au bonheur sous l’aliénation, sous l’autorité de Créon. Elle préfère mourir au lieu de vivre sous la protection de son oncle…
 
 
 
 
          
c.               Le rôle du Chœur
 
                   Le chœur dans Antigone (La pièce) joue un rôle essentiel,            puisqu’il commente les actes absurdes de Créon ainsi que le sort tragique d’Antigone.
   « Et tu es tout seul maintenant, Créon » Cette réplique du Chœur, montre que Créon a perdu malgré son pouvoir absolu, car il va se trouver sans sa femme et sans fils. La mort d’Antigone a entraîné d’autres suicides insensés, que Créon ne peut supporter, malgré ses capacités et ses pouvoirs, la solitude et la souffrance vont le tuer. En effet, il vient de perdre son fils, sa femme, il refuse son passé et trouve qu’il est sans Histoire. Dans ce sens, il n’aura pas d’avenir, il mourra seul, car il n’a pas voulu écouter Antigone ou son raisonnement. Il n’a jamais cru que la mort d’Antigone entraînera d’autres morts.
             Pour Créon, tuer Antigone fait partie de ses tâches quotidiennes les plus banales. En effet, il devait la faire taire comme il devait se rendre au conseil à cinq heures.
            Le commentaire du Chœur vient pour expliquer le poids de la fatalité puisqu’il y a des gens qui meurent sans savoir pourquoi, sans comprendre l’essence de la révolution. Antigone devait mourir, car elle est la fille d’Œdipe. Elle ne supportait plus la vie absurde ainsi que ses valeurs qui deviennent vides de sens. Elle ne peut accepter le bonheur artificiel. Elle cherche le bonheur absolu. A vrai dire,  Antigone veut se débarrasser de ses contraintes, elle veut se purifier et seule la mort peut lui procurer paix et dignité, car son existence était une erreur.
                Les autres vont mourir sans trop comprendre la pensée pamphlétaire d’Antigone. Mais, la révolte entraîne souvent d’autres personnes. Il y aura toujours des héros qui meurent pour leurs idées et des personnes qui meurent sans savoir pourquoi. La tragédie c’est mourir sans comprendre pourquoi. La tragédie c’est mourir sans comprendre la signification de son geste.
 
 
 
d.              Le message d’Anouilh
 
            « La fatalité tragique n’épargne personne » C’est le message qu’Anouilh semble nous dire, à travers Antigone. Nous vivons dans un monde d’aliénation, de mondialisation, d’exploitation…Un monde où l’absurde fait la loi. Nous avons du mal à comprendre ce qui se passe auteur de nous. Nous avons perdu nos principes, nous avons oublié nos valeurs humaines. Nous ne pouvons plus agir ou se révolter, car nous ignorons nos ennemis et nous n’avons plus d’amis. Nous mourrons sans savoir pourquoi. Une fatalité tragique et absurde nous écrase, nous tourmente, nous entraîne vers notre déclin, vers notre fin, vers la mort. Avons-nous le courage d’Antigone ?

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